10-06-09
Expositions, conférences, circuits touristiques et portes ouvertes ainsi que concerts offriront au grand public la possibilité de découvrir le patrimoine artistique, historique et culturel juif en France. Les Journées Européennes de la Culture et du Patrimoine juifs favorisent la mise en valeur d’un héritage riche et vivant, qui a sa place au sein de la République comme au sein de l’Europe. Cet évènement contribue à situer la culture juive dans l’histoire de la France, mais aussi dans notre vécu collectif. Cette dixième année anniversaire, les Journées auront pour thème
ART SANS FRONTIÈRES
Même si le judaïsme est avant tout une religion de l’écrit, de la parole et de la réflexion, l’art et la recherche esthétique restent des priorités importantes pour les juifs de tous les pays. L’aspiration au beau est déjà présente lors de la construction du temple de Jérusalem, comme la bible le relate.
Lors de la journée du 5 septembre, nous entendons parler bien sûr de le recherche esthétique pour tous les bâtiments, objets et musiques lithurgiques qui donnent de l’éclat à la vie religieuse; Mais aussi d’art profane , qu’il soit créé par des artistes juifs comme Ernest Bloch, Meyerbeer, Chagall, Mané-Katz ou Tobiasse, sélectionné par de grands colectionneurs juifs comme Peggy Guggenheim, Nissim de Camondo ou inspiré par le judaïsme.
Une des caractéristiques de l’art est qu’il se joue des frontières. C’est particulièrement vrai pour l’art juif, européen avant que l’Europe ne soit bâtie: Chagall importe la Russie en France, la synagogue de Besançon nous emmène en Orient. La gamme phrygienne, souvent utilisée pour la lithurgie juive lui donne un air oriental, alors que le style résolument Art Nouveau de la synagogue de la rue Pavée nous ramène en France.
C’est donc à un voyage dans le beau, le temps et l’espace que nous vous convions dimanche 5 septembre 2010
Les journées européennes de la culture et du patrimoine juifs en France (JECPJ-France) ont pour vocation cette année de présenter à tous les publics les Fêtes et Traditions juives dans les grandes régions concernées par cette histoire millénaire.
La date du Dimanche 5 septembre 2010 a été retenue par 30 pays d’Europe, avec un étalement possible, suivant le programme des communes françaises et institutions organisatrices, sur les jours immédiats qui précèdent ou suivent cette date officielle.
L’association JECPJ-France regroupe des communes de France, des institutions et des associations dans le but de faire connaître la culture et le patrimoine juif français ainsi que les itinéraires qui sont en voie de la labélisation par le Conseil de l’Europe.
Au sein de cette Association, le Collège des Maires de France rassemble les collectivités territoriales autour de cet évènement annuel dont le succès ne fait que croitre depuis sa création en 1996. Ce collège comprend des dizaines de maires concernés par la présence sur leurs communes d’un patrimoine lié à l’histoire des Juifs de France notamment en Alsace, Lorraine, Ile-de-France, Paris, Sud-Ouest, Sud-Est-Méditerranée et Corse ainsi que d’autres sites épars.
Cette manifestation européenne rassemble 30 pays : Allemagne, Autriche, Belgique, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, Danemark, Espagne, France, Grèce, Hongrie, Italie, Lituanie, Luxembourg, Macédoine, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République Tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Russie, Serbie, Slovaquie, Slovénie, Suède, Suisse, Turquie, Ukraine.
L’association JECPJ-France a également entrepris de mettre en place les Etapes Françaises du Grand Itinéraire Européen du Patrimoine Juif, qui a été reconnu par l’Institut des Grands Itinéraires Culturel Européens dépendant du Conseil de l’Europe,
Contact Presse : Raphaël El Maleh:
Courriel : contact@jecpj-france.com
Site : jecpj-france.com
Pour l’Europe : jewisheritage.org
LE PEUPLE : Pouvez vous nous définir ce qu’est un patrimoine ?
C.S.N : J’imagine que vous faites allusion au patrimoine juif en particulier. Et bien, il est comme tous les patrimoines : tout ou partie des biens hérités de nos parents, de nos ancêtres, des générations qui nous ont précédées. L’ensemble des biens d’un groupe, d’une collectivité ou d’une communauté porte d’ailleurs le juste nom d’HERITAGE en anglais.
Les patrimoines culturels juif et français se sont interpénétrés depuis la Gaule romaine en passant par le moyen- âge, les royaumes, empires et républiques successives pour atteindre enfin, non sans aléas plus ou moins tragiques, les XXème et XXIème siècles.
Les traces qu’ils ont laissées se retrouvent dans relativement peu de monuments très anciens, dans de rares et riches documents écrits, dans une transmission d’une connaissance héritée de la tradition législative, orale ou coutumière des hébreux et de leur dispersion en Méditerranée et au moyen-orient en particulier, puis ailleurs dans la quasi totalité des continents.
Ainsi les monuments, comme les lieux de culte ou de rite, constituent le patrimoine immobilier. Les arts et les lettres, les sciences et la politique sont la partie vivante de l’héritage intimement liée à l’intelligence des hommes, à l’histoire, au lieu et au contexte géopolitique.
Quelquefois, la conservation en est faite dans les bibliothèques, les dépôts d’archives et des musées (sans oublier les rares génizot où sont déposés des fragments de textes saints détériorés). La synagogue de Carpentras,classée monument historique par le Ministère de la culture, est un joyau du patrimoine immobilier juif français. La lampe à huile découverte à Orgon avec le signe moulé en forme de candélabre et datant du 1er siècle est la trace d’un art, d’un instrument de la vie quotidienne en Provence au temps de la présence romaine. L’origine de la fabrication du savon de Marseille remontant au haut moyen âge citée dans les Archives de la Chambre de Commerce de la ville (due au juif Davin Crescas) ou l’introduction de la fève de cacao par des juifs portugais au XVIè siècle (en provenance de l’Amérique fraichement découverte) origine du célèbre chocolat de Bayonne, font partie intégrante du patrimoine de la France et le public est en droit, à ce titre, d’en connaitre les sources juives.
LE PEUPLE : Comment expliquez –vous le regain d’intérêt pour le patrimoine Juif ?
C.S.N : Aujourd’hui la laïcité de la « fille ainée de l’Église » présente une ambiguïté pour le grand public. Il suffit que le mot juif apparaisse dans la dénomination d’une association, d’une institution ou tout simplement dans le titre d’une manifestation pour que le caractère cultuel l’emporte sur la dimension culturelle même si, en général, elle est de portée universelle, parfois citoyenne et toujours reflétant l’une des composantes de la culture française.
D’ailleurs, le précédent ministre de la culture me posait la question : « peut-on visiter une synagogue comme on visite une église ? » Et lui-même de convenir qu’une synagogue du XIXème siècle comme celle de la rue des Tournelles à Paris dans le Marais présentait une qualité architecturale digne d’une cathédrale : ici on découvre une structure métallique sophistiquée qui sort des ateliers Eiffel, là des modes audacieux de construction en pierre. Chacune dans son style caractérisant la culture artistique et la technique de son époque.
Donc , dans la mesure où le propriétaire du monument concerné – en l’occurrence il s’agit ici de monument en activité – est d’accord pour préserver son patrimoine, il a le devoir de le faire découvrir et de le valoriser en commentant son histoire voire en l’offrant comme cadre à un concert, une exposition ou une conférence. C’est d’ailleurs l’un des buts des Journées Européennes de la Culture et du Patrimoine Juifs.
Enfin il s’avère incontestable que la quête des savoirs s’étend à la connaissance de la culture juive dans ses aspects fondateurs de la culture chrétienne sans oublier la dimension universelle des penseurs, rabbins, philosophes, savants et hommes politiques juifs qui ont marqué les fondements de notre pays et bien souvent de ceux de nombreuses autres nations.