Monsieur Dominique Gros succède à Monsier Jean Grenet comme président du colléges des maires.

 

21-04-10

Monsieur Dominique Gros a accepté de succéder à Monsieur Jean Grenet comme président du collège des maires ; L’association JECPJ accorde une très grande importance au collège des maires dans son action pour promouvoir l’ouverture à l’autre; Qui mieux qu’un maire a cette possibilité?

Monsieur Grenet avait apporté beaucoup à l’association, et nous sommes sûr que Monsieur  Gros va nous aider à franchie rune nouvelle étape, en particulier dans la mise en œuvre de l’Itinéraire Européen du Patrimoine Juif.

Nous souhaitons également la bienvenue à monsieur Hacène Lekadir, adjoint au maire de Metz, qui représentera au quotidien Monsieur Gros dans notre association .

La lettre du Président

 

14-04-10

Être juif ici et maintenant : des Journées européennes de la culture et du patrimoine juifs pourquoi faire ?

Par Raphaël Elmaleh

Président de l’association Journées européennes de la culture et du patrimoine juifs-France

Jean Monnet, le fondateur de l’Union européenne, aurait déclaré à la fin de sa vie: « Si c’était à refaire, je commencerais par la culture ». Disant cela, celui qui a été l’un des rares authentiques visionnaires du 20ème siècle, mettait ainsi l’accent sur une dimension du projet européen que la seule économie, aussi vitale soit-elle, ne doit jamais faire oublier. La culture est en effet, avec la morale, ce qui nourrit tout grand dessein humain. L’alternative: la barbarie dont le siècle passé a été le théâtre mondialisé. Car ne l’oublions pas, ne l’oublions jamais, avant l’économie, c’est bien les deux guerres, déclenchées sur notre continent, qui ont été la source véritable de notre actuelle mondialisation dont la construction européenne est la préfiguration raisonnée et démocratique.

La culture donc, et la culture européenne en particulier, est plus que jamais indispensable pour cimenter et donner sens à l’ensemble de 27 états qui aujourd’hui, à l’image des personnages de Pirandello, sont en quête sinon d’auteur, du moins de sens. La crise économique, le malaise politique révélée par la fastidieuse ratification du traité de Lisbonne, avec ses conséquences en matière de répartition des pouvoirs entre Présidence, Conseil européen, Chargée des affaires étrangères, Commission, Parlement, les menaces qui pèsent sur l’euro, tout cela témoigne d’un malaise dont un des remèdes pourrait bien être, paradoxalement, le renforcement de l’identité culturelle des habitants de notre « vieux » continent.

La merveille avec l’Europe, lorsqu’on parle de culture, c’est à la fois que celle-ci est multiple et une. Multiple, il n’est pas besoin de le démontrer, il suffit de faire quelques centaines de kilomètres pour s’en convaincre en allant par exemple de Paris à Prague, Rome, Budapest ou Madrid… Langues, comportements, gastronomies, littératures, humour…: tout change. Et l’intégration d’une importante population d’origine musulmane mais aussi asiatique pourrait encore, si elle se passe bien, ajouter à cette richesse.

L’unité est, elle, moins évidente à saisir, mais bien là. Certes, il y a l’existence de régimes démocratiques, avec des traditions plus ou moins anciennes où l’individualisme a sa part, fondées sur l’état de droit, un souci partagé d’équité et de solidarité sociales avec des systèmes de santé accessibles à tous, une tradition éducative qui s’efforce de donner à chacun sa chance en faisant coexister de manière souvent harmonieuse enseignement public et écoles privées, laissant aux parents le libre choix de l’éducation qu’ils souhaitent donner à leurs enfants, et on pourrait allonger la liste avec en particulier souci marqué et réel pour l’environnement… Mais plus profondément, au cœur de ce qui fait l’unité culturelle de l’Europe, il y a des valeurs et un état d’esprit, une sensibilité au monde et aux autres qui ont mis des siècles à se constituer.

Étrangement, les institutions européennes n’ont pas réussi à capitaliser cela. Elles ont unifié un marché, la monnaie, les règlements… mais n’ont pas encore réussi à saisir et développer ce qui fonde la possibilité même de l’Europe, son unité mentale et sensible qui se traduit dans une vision du monde à la fois sans illusion et dynamique – même si la tentation du musée splendide et figé dans une léthargie a-temporelle guette en permanence un continent vieillissant. Première puissance commerciale du monde, troisième ensemble démographique après la Chine et l’Inde, dans le groupe de tête pour le revenu par habitant et la qualité de la vie, l’Europe est loin d’être cet astre mourant que certains prédisent, même si le risque existe d’un effacement progressif que manifeste lumineusement – et parfois pitoyablement –  son peu de poids politique dans les affaires du monde, surtout lorsque les vaines glorioles nationales reprennent le dessus.

L’être-juif : plus Européen que Judéen-Israélite

Cette unité culturelle de l’Europe s’est ainsi nourrie d’une diversité acceptée et d’un minimum commun auxquels les juifs, où qu’ils soient, ont contribué depuis des siècles, et qu’ils ont façonnés de leur génie propre apportant à l’ensemble plus qu’il ne pense, et lui empruntant plus qu’ils ne le savent eux-mêmes à commencer par l’idée d’Etat moderne d’Israël, idée née en et de l’Europe. En fait, à y regarder de près et sans phantasme, l’être-juif, dans sa spiritualité et sa sensibilité, est aujourd’hui, et depuis des temps très reculés, beaucoup plus européen qu’il n’est « Judéen-Israélite ». Quant au judaïsme américain, il est un surgeon de l’Europe, au même titre que d’autres immigrations venues au « Nouveau monde ».

Charles Lehrmann (1905-1977), ancien grand Rabbin du Luxembourg, a été l’un des premiers à signaler, dans un livre parus en 1947, « L’élément juif dans la pensée européenne », ce que la pensée et la sensibilité européennes, voire l’être même de l’Europe, doivent à ses populations juives : de Montaigne à Isaïah Berlin et Lévi-Strauss en passant par Spinoza, Marx, Proust… et on pourrait allonger la liste à l’infini. Et si nous parlons institutions européennes, comment ne pas souligner le rôle qu’ont eu des femmes et des hommes comme Simone Veil, présidente du premier Parlement européen élu au suffrage universel, Etienne Hirsch, premier Haut commissaire européen, ou Pierre Uri, inspirateur du Traité de Rome, tous deux très proches collaborateurs de Jean Monnet qui n’ignorait ni leurs origines ni leur motivation au sortir de la Seconde Guerre mondiale.

On assiste aussi depuis quelques années à une réévaluation de l’histoire des juifs en Europe qui n’a pas été qu’une suite ininterrompue de persécutions et d’expulsions culminant dans une Shoah devenue une sorte de fatalité aussi tragique qu’inexorable. Il y a tout au long du Moyen âge, par exemple une « convivencia » entre juifs et chrétiens, allant au-delà d’une simple coexistence agressive, timorée ou ambivalente. Que celle-ci ait trouvé son terrain plutôt en Europe du nord que dans l’Espagne de la Reconquête n’est sans doute pas le moindre paradoxe de cette histoire, comme en témoigne les recherches et le livre de Jonathan Elukin « Living together, living apart : Rethinking Jewish-Christian Relations in the Middle Ages », paru en 2007 à Princeton University Press.

Récemment encore, un passionnant colloque s’est tenu au Musée d’art et d’histoire du judaïsme, avec pour titre, « Archéologie juive en France et  en Europe ». Ce colloque co-organisé par l’INRAP, le MAHJ, et Max Polonovski, chargé du Patrimoine au Ministère de la culture, ouvert par le Ministre Frédéric Mitterrand, a bien montré que la présence juive en dans notre pays, et plus généralement en Europe ne date ni d’hier – le 20ème siècle et la guerre – ni même d’avant-hier – Révolution et l’émancipation – mais est bien permanente depuis la Gaulle romaine au moins, et que cette présence, sous des formes multiples et selon des modalités diverses, a perduré en dépit des massacres et autres expulsions. Bref, ce que découvre les archéologues européens, ce sont les témoignages d’une présence juive plus que bimillinaire, présence attestée non seulement par les traces de lieux de cultes ou d’études (synagogues, yeshivot, mikvés…) mais encore par la toponymie avec les noms comme Juiverie, rue aux Juifs, Carrière… Enfin, extraordinaire source de savoir, il y a les cimetières que l’on exhume à l’occasion de travaux publics, avec les problèmes d’ailleurs que cela pose aux chercheurs tant du point de vue religieux que de celui de l’aménagement du territoire.

Désir de réinscription de l’identité juive dans l’espace et le temps européens

A travers, ces différents signes ou indices, dont certains sont apparus dans les années 90, ce qui perce et va s’affirmer de plus en plus, c’est une sorte de désir, diffus encore, de réinscription dans le temps et l’espace européens d’une vie juive, française en particulier, étrangement clivée voire idéologiquement errante depuis une trentaine d’années. La « découverte » de ce qu’on appelle la Shoah depuis le film éponyme de C. Lanzmann, et le sionisme imaginaire de la majorité des juifs de France qui, finalement, dans leur grande majorité ne font pas le voyage, et ne le feront pas, ont été les deux facteurs d’aliénation, au sens propre d’être autre que ce qu’on est.

Aujourd’hui, les juifs rentrent à la maison, en Europe, pour les Européens, comme d’ailleurs les Américains le font aux Etats-Unis ou au Canada depuis quelques années,  et dans leur temps, le 21ème siècle commençant, qui même s’il a été forgé, par « le fer et le feu » des Staline et Hitler, est aussi l’héritier d’une seconde partie de siècle (à partir de 1950 pour parler vite) qui a été, je pèse mes mots, sans doute une sorte d’apogée historique pour la condition juive. Jamais, en effet, les juifs n’ont été aussi reconnus et respectés dans leur être et leurs croyances que durant ces décennies d’après-guerre et de la réalisation par la société européenne, en particulier à l’ouest du continent, de ce qu’a représenté la tentative de destruction totale des juifs d’Europe, expression que nous préférons à Shoah, devenu une sorte de signifiant à charge religieuse laïcisée. A cet égard, très clairement, la France a fini de régler sa dette, et la création d’une Fondation pour la mémoire de la Shoah – sic –  dont le capital est constitué par les biens en déshérences des juifs déportés ou disparus durant la Seconde Guerre mondiale, est un symbole dont il faudra tirer les leçons. Si la dette morale subsiste, il y a fort à parier qu’avec la succession des générations et la modification de la sociologie française, cette dette aussi perde de sa force.

Ce à quoi nous assistons, et assisterons de plus en plus c’est à une sorte de (ré)apprentissage de leur « situation » réelle, pour parler comme Sartre, par les juifs de France et d’Europe plus généralement. Cela ne signifie pas bien sûr qu’on oublie l’histoire et qu’Israël devienne pour les juifs un Etat comme les autres. Simplement, les choses reprennent leur place : l’histoire est justement de l’histoire, et nos vies et celles de nos enfants se font, ici et maintenant, dans un monde totalement bouleversé par rapport à celui de la première moitié du 20ème s.. Qu’on pense seulement aux puissances économiques actuelles et à la révolution technologique que nous vivons en direct. Cette révolution étend nos réseaux et en même temps resserre ou aplatit le monde pour les habitants de la planète qu’il s’agisse des échanges, matériels et humains, des pays riches, du terrorisme ou de la solidarité qui se manifeste comme cela s’est produit récemment pour Haïti. Quant, à Israël c’est un de nos horizons, à forte valeur affective certes, mais un horizon seulement, à côté des lieux où s’est forgée l’identité juive européenne, elle-même plurielle, en particulier depuis la fin du communisme (Europe Centrale, Russie, Andalousie, bassin méditerranéen…) et surtout à côté d’une vie juive nord-américaine (Etats-Unis et Canada) d’une richesse et d’une diversité uniques sur tous les plans.

C’est dans ce contexte en mutation que s’inscrivent les Journées européennes et la culture et du patrimoine juif. Créée il y a dix ans, préfigurant et annonçant en quelque sorte ce reformatage existentiel, cette manifestation se proposait à l’origine de permettre l’accès à des lieux historiques juifs, en Alsace, à des touristes en particulier Américains en quête de racines et d’origines, ou tout simplement d’histoire juive. C’est ainsi que s’est mobilisée une petite équipe de pionniers qui, avec le soutien de quelques élus locaux, a pu démarrer les premières visites de synagogues fermées et de bains rituels désaffectés. Peu à peu, d’autres pays européens sont venus se joindre aux pionniers qu’ont été la France, l’Angleterre, l’Espagne. Ce dernier pays, en raison même de la richesse de son patrimoine architectural et artistique juif, et de l’enjeu touristique qu’il représente, en a même fait une affaire d’Etat, puisque c’est le ministère du tourisme espagnol qui soutient généreusement l’initiative qui se double d’une autre appelée Red Juderias qui propose des itinéraires balisés par des sites et des monuments juifs, ou simplement des traces, sur le territoire espagnol. Un projet analogue est actuellement à l’étude pour JECPJ-France.

Itinéraires européens

Donc, à l’origine, une opération touristique improvisée d’abord, puis de mieux en mieux organisée à l’échelle de l’Alsace-Moselle, puis française et européenne. Aujourd’hui ce sont une trentaine de pays et communautés de l’ouest et de l’est du continent qui participent à la manifestation rituellement fixée aux 1er dimanche de septembre, mais que nous avons proposé d’élargir pratiquement au dernier trimestre de l’année la Journée devenant les Journées européennes de la culture et du patrimoine juifs. Cette appellation s’est ainsi transformée en une sorte de label permettant, tout au cours de l’année, d’inclure des manifestations ou événements marqués de son esprit. L’organisation européenne propose également un thème aux différentes associations nationales, cette année « Les arts » que JECPJ-France a souhaité formuler ainsi : « Arts sans frontières ».

A côté de cet évident intérêt touristique et économique dont les retombées peuvent être importantes, se fait jour aussi un intérêt civique, celui de partager avec d’autres, de toutes appartenances, notre patrimoine tant matériel qu’immatériel, puisque depuis quelques années on considère que musique, cuisine, littérature, idées, émotions, etc… sont partie intégrante du patrimoine. Ce partage, marqué au sceau du meilleur de notre tradition laïque, est d’autant plus indispensable que trop souvent ce qu’on appelle les « communautés », et pas seulement juives, se sont repliées sur elles-mêmes alors que jamais l’Europe, et spécialement la France, n’ont été si diverses culturellement, et que cette diversité est une richesse à condition d’être ouverte et non close sur elle-même dans une sorte de réflexe défensif. A condition, surtout que cette diversité se fonde sur le sentiment d’une citoyenneté européenne avec valeurs démocratiques et morales partagées.

Au fond, ces manifestations peuvent être, et sont souvent, des occasions privilégiées d’échanges dans un esprit citoyen. C’est pour cela que JECPJ-France s’honore de compter parmi ses responsables et ses membres des élus municipaux réunis statutairement dans un collège spécifique. Ainsi M. Jean Grenet, maire de Bayonne ville qui abrite de quartier Saint-Esprit, était vice-président de l’association jusqu’à janvier dernier. Ne souhaitant pas se représenter, c’est le maire de Metz M. Dominique Gros, ville importante pour notre projet à bien des égards, qui lui succède. Cette présence d’élus parmi les membres de l’association est le garant de la valeur civique aussi bien que touristique et culturelle des Journées européennes de la culture et du patrimoine juifs. Surtout cette présence d’élus de villes ou d’autres collectivités territoriales atteste que le patrimoine juif, sous toutes ses formes, est partie intégrante du patrimoine national. Ce qui est aussi la reconnaissance du fait de plus en plus patent que les juifs n’ont pas été que des « passants », mais sans doute le plus ancien – et longtemps le seul – groupe non lié à un territoire spécifique du pays.

L’avenir c’est à la fois développer l’implication des communautés, associations et institutions juives, renforcer la présence des élus et étendre la dimension européenne. Une des initiatives que nous comptons aussi concrétiser ce sont les itinéraires européens, nationaux et transfrontaliers, témoignant de l’antique, étendue et riche présence juive en Europe. Une façon de faire du tourisme à la fois intelligent, écologique et citoyen.

Bref, après une tentative d’anéantissement d’abord, puis après une sorte de  longue absence, les juifs sont, peu à peu, de retour mentalement et affectivement dans une Europe qui est leur foyer historique et ontologique, foyer d’où sont sorties les œuvres maîtresses que sont les grands textes de nos traditions, de Rachi à Léo Baeck, mais aussi, on l’oublie souvent, leur contribution à une modernité, désormais mondialisée,  qui sans les juifs est impensable, d’Einstein à François Jacob, de Malevich à Damien Hirtz, de Kafka à V. Grossmann et H. Pinter… Finalement, nous aurons également atteint notre but si ces Journées font prendre conscience à nos concitoyens européens que d’une certaine façon eux aussi sont … juifs – juifs pas simplement par une source religieuse commune, et cela vaut autant pour la chrétienté que pour l’islam européen, mais aussi par une appartenance culturelle passée, présente et, gageons-le, avenir.

Itinéraires culturels: création de l’UFIC

 

Nous sommes heureux de vous annoncer la création de l’Union Française des Itinéraires culturels du Conseil de l’Europe (UFIC). Ses statuts seront déposés au plus vite. Il s’agit d’une association qui regroupe huit réseaux responsables des itinéraires culturels ayant leur siège en France, ainsi que des représentants français des itinéraires qui touchent ou concernent la France. Deux structures gardent pour l’instant le statut d’observateurs en attendant la tenue de leurs assemblées générales. Les Institutions européennes concernées (Conseil de l’Europe, Institut Européen des Itinéraires culturels…) ont le statut de partenaire.

Il s’agit là d’une réponse très cohérente à la demande des Ministères de la Culture et du Tourisme de disposer d’un interlocuteur unique ayant un statut représentatif, dans le cadre des travaux de réflexion et des aides financières qui sont prévues.

Il s’agit du second pays, après l’Italie doté d’une Consulta Nazionale, qui se structure de cette manière.

On ne peut que remercier l’Itinéraire Saint Martin de Tours qui a largement contribué à la rédaction de l’article sur les Itinéraires culturels de la Convention et à préparer ce rassemblement opérationnel.

 

JECPJ France - Association loi de 1901 - Le nom JECJ est déposé à l'INPI - Tous droits réservés | Crédits | Admin